• Démarche EIT Grand Est

Il y a 2 mois 3 semaines

Actuellement 18 démarches EIT sont en cours sur le territoire de la Région Grand Est. Plusieurs débutent, certaines sont dans une phase de renouvellement des conventions alors que d’autres arrivent bientôt au terme de leur financement dans le cadre de CLIMAXION. L’enjeu est donc de faire perdurer ce type de démarche avec un modèle économique, une gouvernance et des actions en lien avec ce changement. Cette adaptation des différentes strates de la démarche est à anticiper avec les parties prenantes. La compréhension des enjeux associés est un prérequis avant d’engager toute adaptation.

L’objectif de cet article est de donner des éléments méthodologiques pour réfléchir à la pérennisation d’une démarche d’EIT et de partager des éléments nationaux sur la pérennisation des démarches et les modèles économiques associés (demandée dans la cadre de la convention CLIMAXION). Dans ce cadre, le but est d’apporter des pistes de réflexions à mettre en questionnement vis-à-vis du contexte spécifique de votre territoire.

Les 3 piliers de la pérennisation

Dans le cadre des prémices du réseau SYNAPSE, une étude sur la pérennité des démarches EIT en France a été réalisée en 2018. Il s’agissait, au travers de 9 démarches, d’analyser les choix et positionnement de l’acteur-tiers (assurant le rôle d’animateur/médiateur/coordinateur) pour la continuité de la démarche. Ce rapport traite le sujet au travers de 3 angles que sont la gouvernance, les actions concrètes et le modèle économique :

  • La gouvernance (pérennité organisationnelle) : Étant donné les enjeux de coopération et de collaboration, une gouvernance multi-acteurs s’impose à terme aux démarches EIT. Ainsi la qualité des réseaux de coopération dépend directement du mode de gouvernance de la démarche. La question est de s’intéresser aux dispositifs relationnels entre les acteurs, à la manière dont sont conciliés les intérêts privés et l’intérêt général. Par ailleurs, il est important d’analyser la légitimité de la structure porteuse et/ou d’animation, son statut juridique, le partage du pouvoir et les processus de décision ;
  • Les activités et les réalisations concrètes (pérennité opérationnelle) : c’est l’ensemble des activités menées par l’acteur-tiers à travers la réalisation de synergies concrètes. En effet, l’obtention de résultats permet de fédérer les acteurs et de générer un effet d’entraînement sur un territoire élargi ;
  • Le modèle économique (pérennité économique) : l’équilibre financier est un objectif prioritaire pour les acteurs-tiers en vue de pérenniser leur action. L’enjeu est central dans le cas de la fin du financement de CLIMAXION. Il s’agit ainsi de maximiser leur capacité d’autofinancement et de diversifier leurs sources de revenus, sans toutefois privatiser complètement leur action, ce qui empêcherait toute prise en compte de l’intérêt général vis-à-vis de la gestion des ressources. Un focus au travers de deux témoignages sera réalisé sur cette thématique.

 

La gouvernance

Les outils à disposition : 

  • Analyser les acteurs de son territoire : l’intéret est de caractériser les acteurs sur son territoire. Grâce au projet COMETHE, une grille est à votre disposition. Elle vous permettra de réaliser une cartographie des acteurs et peut-être un support pour vos décisions dans l’adaptation de la gouvernance ;
  • Transfert du portage de la démarche : une fiche REX a été réalisée dans le cadre du réseau SYNAPSE. Cette fiche traite principalement d’un transfert d’une collectivité vers une association.

Exemples de questions à se poser pour orienter sa gouvernance : 

  • Comment s’opère l’orientation stratégique de la démarche ?
  • Comment le pouvoir et les responsabilités sont-ils partagés ? Comment les décisions sont-elles prises ?
  • Quelle est la résilience des démarches face à des situations de rupture (départ d’un partenaire clé, démission de l’animateur historique, etc.) ?

 

Les activités et les réalisations concrètes

Les outils à disposition :

  • Au début de la réflexion sur la mise en œuvre d’une synergie il est pertinent de réaliser une fiche descriptive. Celle-ci vous permettra de formaliser les choix et d’anticiper le reporting pour les résultats de la synergie ;
  • Recherche et évaluation technique de synergie : dans le cadre du projet COMETHE un fichier Excel est à votre disposition (annexe du guide de mise en œuvre de synergie réalisé par le DR ADEME Normandie) pour vous donner des clés sur la mise en œuvre possible de la synergie ;
  • Dans le cadre du dernier séminaire et pour rappel un atelier a eu lieu sur la co-construction d’un outil d’aide à la priorisation des synergies.

Exemples de questions à se poser :

  • Le type de synergie : nécessite-t-elle un intermédiaire ? Quel degré de technicité ? D’investissement ? De rentabilité (pour l’entreprise et pour le territoire) ? Quels impacts environnementaux ? ;
  • L’écosystème local : existe-t-il des acteurs en mesure de porter la synergie sur le territoire ? ;
  • Les objectifs stratégiques de l’acteur-tiers : quelle volonté de développer des activités commerciales ? Quels (niveaux d’) impacts recherchés par la démarche ?

 

Le modèle économique

Les outils de réflexion

Au-delà de la grande distinction financement public/privé il est important d’aller plus loin dans le détail pour voir les différents modèles possibles :

  • Les subventions de fonctionnement ne seront pas traitées dans cet article car propres à chaque territoire (via des structures publiques ou privées), mais demeurent essentielles : en effet, il appartient aux collectivités locales de prendre de manière pérenne aux démarches territoriales comme le sont les démarches EIT.
  • Les financements « projets » sont des mécanismes qui peuvent, comme leurs noms l’indiquent, contribuer à la réalisation d’un projet. Même s’ils ne financent pas directement le fonctionnement de la démarche ils peuvent permettre l’émergence de synergies emblématiques qui pourront venir maximiser les actions et réalisations de la démarche. Plusieurs AAP (Appels À Projets) sont en cours. Vous pouvez les trouver notamment sous
     Agir pour la transition écologique » ou alors via l’article de la dernière newsletter avec le focus des financements
    pour la relance verte des TPE et PME.
  • Le modèle de cotisation est un des moyens les plus lisible et transparent pour assurer l’autofinancement des démarches (néanmoins il est difficilement applicable à un acteur-tiers public). Comme vision, il est important de toujours s’assurer que la cotisation payée par les entreprises est toujours inférieure au « bénéfice » rendu par le paiement de celle-ci. Pour cela il s’agira de communiquer l’offre de service en mettant en avant par exemple les économies réalisées et les bénéfices indirects de la démarche. Ces deux points sont en corrélation directe avec les actions concrètes réalisées et la communication associée. Au-delà des services, l’analyse de la typologie et du nombre d’acteurs devra être faite pour atteindre un équilibre en lien avec la stratégie de l’association. Différentes simulations doivent être réalisées pour s’assurer que les propositions soient réalistes, en lien avec le taux de conversion des entreprises (le pourcentage d’entreprise qui va réellement cotiser). Une grille tarifaire peut-être proposée : dans le cadre du rapport de pérennisation « une grille de cotisation entreprises proposant au moins 5 tranches, avec une moyenne de cotisation comprise entre 300 et 500 €/an » Ce type de modèle est appliqué a sein de la démarche du CEIA et de Fe2i. Dans certains cas, une tarification unique est envisagée avec une année test comme sur CLES sur le Port de Strasbourg avec une cotisation à 1 240€ et une première année de cotisation à 50% comme test de ce nouveau service.
  • Un service aux adhérents et les prestations : certaines démarches proposent des services complémentaires aux adhérents (payants ou non) qui permettent d’augmenter leur autofinancement. On peut noter notamment plusieurs actions :​
    • Rémunération sur résultats (ou succes fees dans le cadre de synergie avec de fortes économies, la démarche peut négocier une rétro-commission via les économies réalisée) ;
    • Apport ariat d’affaires (la démarche se rémunère sur les chiffres d’affaires générés par les prestataires auprès des entreprises de la démarche). Le cas le plus connu est via les achats groupés ;
    • Prestation propre de la démarche dans le cas où l’animateur ou l’équipe-projet possède une compétence spécifique (appui réglementaire, technique, démarche RSE, bilan carbone, etc.).

Exemples de questions à se poser :

  • La structure porteuse envisagée a-t-elle connu des risques de financement par le passé ? Autrement dit quelle est la santé financière de la structure envisagée ? (dans le cas d’un changement de porteur) ;
  • La structure porteuse est-elle un réseau d’entreprises ? Si oui quel est son modèle de financement ? ;
  • Quelle synergie à fort potentiel économique pourrait être développée sur le territoire ? (logique des « succes fees ») ;
  • Le choix du modèle économique de l’acteur-tiers : Quels modes de financement poursuivis ? Quel niveau de financement pour la puissance publique ? ;
  • Quel service la structure porteuse apporte en plus ? Quelle valeur ajoutée pour les bénéficiaires ?

 

Les témoignages

→ L'association PIICTO (Plateforme Industrielle d'Innovation du Caban TOkin)

L’association PIICTO est composée d’acteurs industriels, publics et d’entrepreneurs. La zone industrielle du Caban Tokin accueille de nombreux acteurs industriels de la chimie, énergie et raffinerie. La démarche avec une offre de service diversifiée a réalisée de nombreuses synergies structurantes avec de fortes économies à la clé permettant de mettre en place un système de succes-fees pour son autofinancement. Lors de chaque mise en œuvre une fiche retour d’expérience est réalisée pour communiquer sur les avancées de la démarche.

Même si de nombreuses actions sont mis en œuvre, l’association continue de fonctionner en mode-projet (identification de synergie, montage d’équipe projet, répartition des tâches, rétro planning, pour en faire aboutir le plus grand nombre et reste néanmoins transparente auprès de ses adhérents lors de non-réussite de ceux-ci. Sur le plan économique, le financement est basé sur un modèle 50% publics 50% privés (sucess-fees 10-15% et cotisations 35-40%). Les acteurs publics sont la région PACA, la Métropole Aix-Marseille Provence et les mairies de proximité (Port-Saint-Louis, Fos-sur-Mer).

 

→ Fe2i (Flux Economiques Inter-Entreprises)

La démarche EIT Fe2i (1 ETP) est portée par l’association Valo’lab (3,5 ETP) du groupe VALO’ (100 à 120 ETP).

La mise en place d’un système de cotisation a eu lieu depuis novembre 2019. L’objectif pour la démarche et de convertir au maximum ses adhérents à ce nouveau modèle de service payant. Sur une base de 60 adhérents en 2018 (modèle gratuit) 24 ont renouvelé leur adhésion à ce modèle payant. L’association propose des facilités de cotisation comme une proratisation pour la première année suivant le mois d’entrée dans la démarche. En 2021 les cotisations devraient couvrir 20% du budget avec une projection à 30% du budget pour 2022.

L’association Valo’ a fait évoluer sa gouvernance en incluant des entreprises de la démarche EIT au sein de son conseil d’administration (à date ArcelorMittal) ainsi que des entreprises engagées au sein de son Comité Consultatif. Isabelle CIRIDEM a réalisé un pitch lors du dernier séminaire EIT Grand Est. Ses slides sont à retrouver ici.